Quand la colère gronde

Le confinement entraine la notion fatale d’enfermement. Certains ont l’avantage (je n’utiliserai pas le mot chance, qui apparaitrait trop vulgaire dans une telle situation) d’avoir un balcon, une terrasse, un jardin, du vert. C’est heureux. Beaucoup d’entre nous sont dans leurs appartements, passant d’un mur à un autre, rencontrant la rue une heure par jour. Restent 23 heures cloisonnées, à s’occuper, se distraire comme on peut ,d’une pièce à une autre. Contenus dans notre intérieur, nous nous efforçons, de la même façon, de contenir les émotions de notre intérieur, l’autre, celui de notre psychisme. Celui où les sentiments, les ressentis se rencontrent, se bousculent, se
défient, se disputent. Il n’est pas toujours facile de mettre de l’ordre dans tout ce flux émotionnel qui nous parcourt quand des angoisses surgissent, quand l’actualité inquiète, quand nos proches nous manquent, quand les situations financières font frémir, quand la frustration de vivre sa vie, celle avec ses habitudes, monte, monte, monte. Quand il fait beau dehors, que le soleil apparait parce que le printemps est enfin là et pourtant, il nous faut rester enfermé, comme rester en hiver. Plus l’extérieur est lumineux, plus l’intérieur nous parait sombre. Plus l’extérieur est grand et dégagé car déserté, plus l’intérieur nous semble étriqué. Plus on nous parle de rallonger le temps
de confinement, plus notre impatience se manifeste. Et ainsi, dans cette surenchère émotionnelle, il devient pour certains de plus en plus difficile de garder le contrôle. Le ton monte, les gestes s’emportent, les mots débordent. La colère est là. Prête à surgir pour un problème de connexion, une salle de bain occupée, un salon dérangé etc. quand nous ne supportons plus la promiscuité avec notre compagnon/compagne, quand nos enfants que nous adorons nous font hurler de rage et d’impatience.

La colère est une émotion. Elle est aussi une réaction à une situation. Elle peut être passagère, violente, froide, explosive. En réaction à une frustration, un manque, une injustice. La situation de confinement apporte son lot d’occasions, de prétextes à son expression. Comment faire pour lui permettre de s’exprimer sans succomber à ses dérives, à ses dangers que sont la violence, l’agressivité qui peuvent conduire à des situations graves. Nous le savons, la colère est une émotion très difficile à maîtriser. Soit elle est contenue pour ne pas blesser l’autre, et dans ce cas, c’est à soi qu’elle fait mal. Soit elle est dirigée sur l’autre permettant ainsi de se libérer et de se protéger.

Alors quel usage peut-on se permettre de faire de sa colère ? La retenir n’est pas une bonne chose. Lui permettre de s’exprimer est plus sain. Oui mais comment ? Même si nous sommes restreints en activité physique pour ceux qui sont en appartements, il est possible malgré tout de faire du sport chez soi. Pléthore d’applications de coaching sportif sont en ligne : cardio boxe, Zumba etc. chacun peut trouver son mode d’expression. Pour ceux qui ont un extérieur, vélo et jogging. Ecrire est aussi une solution. Mettre en mots tous ses maux. Sans restriction ni retenue pour le coup ! A coups de mots sur le papier ou sur vos claviers pour éviter les coups, les maux, et
les mauvais mots sur vos compagnons de confinement. Une chose merveilleuse aussi est de chanter ! Utiliser la force de votre colère pour la transformer en notes, en sons mélodieux ou pas, peu importe. Mélodieux c’est mieux tout de même : histoire de ne pas agacer les voisins, ce serait dommage de les mettre en colère !

Quand la colère gronde, tel un orage ou un ô rage, il faut éviter les mauvais accompagnants comme je les appelle, les mauvais exutoires que sont l’alcool, la cigarette, anxiolytiques ou autres substances. Qui donnent la sensation d’un apaisement sur le moment mais qui au final viennent nourrir « la bête ».

Et surtout se rappeler que le confinement dans lequel nous sommes n’est pas un enfermement punitif, une peine, une taule mais une capsule de soin pour préserver notre bien être. Evitons de nous soulever et nous quereller parce que nous choisissons de vivre plutôt que de mourir. La révolte, la colère, utilisons-la pour lutter contre le virus et pour la protection solidaire de tous. Bien sûr que l’air est irrespirable pour qui est enfermé. Mais c’est bien là la condition de pouvoir continuer à respirer.

« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine et la haine mène à la souffrance »

Maître Yoda ( star Wars épisode 1)

La traversée en solitaire

Il n’y a pas de situation idéale quand l’urgence nous est imposée. Etre à plusieurs. Etre seul. Ni l’un ni l’autre. Les deux. Quand nous avons l’un, nous rêvons de l’autre et inversement. Ce n’est pas ingrat, c’est humain. Pour certains d’entre nous, Il est rassurant aujourd’hui d’être accompagné dans nos foyers et demain, nous rêverons d’être seul, loin du bruit, des disputes, des angoisses de nos compagnons de confinement. Pour d’autres, qui sont seuls, vraiment seuls dans leur intérieur et qui auraient besoin de réconfort, d’encouragement ou simplement d’échanges, la notion d’enfermement peut être ressentie avec plus d’intensité. Le vide et le silence font résonance, leurs angoisses parfois écho.

Je reprends l’expression que j’ai utilisé dans mon premier article « faire contre mauvaise fortune bon coeur ». Il est clair pour tous que nous ne sommes pas dans une situation de choix mais de devoir. Etre seul, enfermé chez soi n’est pas être enfermé en soi. Comme il n’y a heureusement pas que des inconvénients au célibat, l’avantage est que la solitude est un terrain connu, pour ne pas dire conquis. Les célibataires savent jouir de ses avantages et contrer ses inconvénients. L’introspection ne leur fait pas peur. Leur difficulté n’est pas l’intérieur mais le manque d’extérieur.

Je vous recommande d’ouvrir vos fenêtres, celles de votre maison, celles de vos centres d’intérêts, celles de vos ordinateurs. Communiquez tant que vous pouvez, enrichissez votre esprit, continuez à développer la connaissance de vous même. Et surtout, restez concentré sur l’objectif : se protéger aujourd’hui pour mieux en profiter demain. Il y a du bon à faire, des listes de ce que l’on voudra faire, voir, changer. C’est le moment de reprendre contact avec des personnes que l’on a perdu de vue, la solidarité des événements donne à la communication un ton plus fluide et spontané. Vous pouvez aussi participer à des groupes de discussion où vous pourrez donner
votre avis, échanger sur des sujets qui vous tiennent à coeur. Vous êtes seul certes mais vous comptez. Vous existez et n’hésitez pas à le faire savoir en vous impliquant et en répondant présent. Cela quotidiennement, car il est très important de ne pas tomber dans l’isolement. La solitude n’est pas l’isolement. La solitude est un sentiment, l’isolement est un fait. Nous sommes tous aujourd’hui éloignés les uns des autres dans nos maisons mais il n’est pas question de nous imposer une solitude au-delà du nécessaire. Aussi, prenez des nouvelles de vos proches, de votre entourage amical et professionnel, ce qui donnera aussi l’occasion de donner des vôtres.

Avant de retrouver l’extérieur et ses bruits, ses gens et ses mouvements, la solitude peut être accueilli durant ce temps, comme un espace de repos où il est possible de se ressourcer. Au milieu de la tempête sanitaire, le calme. Pour autant, il est normal de ressentir des angoisses, des vagues de tristesse dans l’isolement. De craquer. De trouver de mauvais accompagnants comme trop de cigarettes, de nourriture etc. C’est l’expression d’une peur de ne plus exister pour personne car il n’y a pas le regard de l’autre pour nous soutenir, pour faire miroir et nous rassurer que oui, nous existons bien et que nous sommes aimés. Alors plus que jamais, dans ces moments-là,
prenez tous vos téléphones fixes, mobiles, tablettes, ordinateurs et communiquez sans modération. Les réseaux sociaux vont enfin servir à leur fonction de base : nous mettre en relation les uns avec les autres et plus seulement à nous renvoyer l’image de notre individualisme dans nos extraits de vie et nos selfies.

Être seul ne veut pas dire que l’on n’est pas accompagné. Nous devons être d’une bonne compagnie pour nous-mêmes. Une bonne mère. Prendre soin de soi, montrer de l’indulgence dans nos fragilités, faire preuve de bienveillance à notre égard.
Vivre cette épreuve en solitaire. Et pourquoi ne pas l’envisager comme un exploit : une navigatrice, un navigateur qui entamerait sa traversée en solitaire, sur une mer tantôt calme, tantôt agitée, apaisante parfois, plus angoissante à d’autres moments. Mais avec en tête toujours, l’objectif d’y parvenir et d’aborder sur la terre ferme en victorieuse/vainqueur riche d’une aventure exceptionnelle qui lui aura démontré sa force d’adaptation, de résistance, l’amour et le respect de qu’elle/il a pour sa personne .

« Naviguer : c’est accepter les contraintes que l’on a choisies. C’est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées. »

Eric TABARLY

La rigueur est de rigueur

Le confinement, imposé par le gouvernement pour notre santé, est soumis à des règles. Et c’est bien le respect de ces règles qui assure notre sécurité à tous. Nous voilà aujourd’hui tous calfeutrés dans nos intérieurs. Et à chacun d’être le Ministre, de son intérieur. Les règles ne sont pas là pour nous frustrer mais au contraire pour donner un cadre. Une structure qui serait entre la dérive et la raideur : la rigueur. Un bon contenant au contenu. Ni trop souple, ni trop rigide.

Se construire un programme, un planning pour tous, sur une semaine, où l’ensemble des taches ménagères, professionnelles, scolaires rencontreront d’autres moments, de détente, de lecture, de sport en famille (ou pas) et de cinéma. Ou bien des rendez-vous familiaux sont pris autour d’un gouter par exemple, juste le temps de partager un thé en se parlant ou pas. Pour que les moments ensemble, pour ceux qui sont en famille ou en couple, ne soient pas seulement une fatalité mais un temps de partage que l’on s’offre. De la même façon, pour les personnes confinées seules dans leur appartement, il est important d’utiliser les moyens de connexion pour « faire entrer de l’extérieur » en toute sécurité et convivialité. Ne pas hésiter à multiplier les conversations visio. Je recommande d’ailleurs pour les enfants d’avoir des rendez vous Visio avec leurs camarades de classe, afin de parler avec d’autres interlocuteurs que leurs parents. Ce sont des bouffées d’oxygène et un repère sur leur vie qui est , depuis une semaine et pour plusieurs semaines, fortement perturbée dans leurs habitudes. Et on sait combien les rituels sont importants car rassurants pour les enfants. 

La maison change, avec les circonstances sanitaires, aujourd’hui de symbole, et de fonction. Elle est un refuge, un lieu de travail, scolaire, de soins pour certains. On ne peut pas « être à la maison » comme on l’était avant le confinement. D’où la nécessité des règles pour cliver ces différentes fonctions en un seul lieu. L’heure du télétravail, le moment de l’école, le temps du sport et des temps pour se retrouver à la maison ensemble ou tranquille pour les personnes seules comme avant, comme au temps où on rentrait à la maison. Où on se retrouvait pour diner, partager une soirée, se détendre le week end. Il est un écueil dans lequel il serait facile de tomber, celui de vouloir faire comme si tout « tournait » pareil à la maison. Or, ce n’est pas pareil, de fait. Vouloir faire comme si ça l’était demande une énergie considérable et amène à une fatigue émotionnelle que l’on peut s’épargner en composant avec la réalité. Il y a donc un compromis, un aménagement à faire entre garder un rythme organisé et rigoureux et s’autoriser quelques souplesses liées à la réalité de la situation. Par exemple, se lever le matin aux horaires habituels mais choisir un jour dans la semaine ou l’on peut s’offrir une heure de sommeil en plus. Faire travailler ses enfants mais dans des temps plus réduits qu’à l’école, au collège ou au lycée. Car de fait; ils n’y sont pas. 

Il est important de ne pas oublier que le confinement est une solution et non une punition. Rester centré sur cet objectif positif permet de donner des orientations sur ce que nous allons choisir de faire de ce temps qui forcément sera long. Un peu comme quand on est à l’école et qu’on regarde désespérément la pendule qui n’indique jamais l’heure tant espérée de la récréation. Reprenons l’expression « faire contre mauvaise fortune bon coeur » et même si nous devons regarder le temps s’écouler dans le sablier, au moins nous en gardons la notion.  

C’est donc le cadre dans le cadre qui assurera notre bien-être et notre bonne santé mentale à l’heure de la libération. C’est bien la rigueur qui fera la différence entre ceux qui se seront maintenus et ceux qui se seront répandus hors repères et sans limites. Pensez à composer une organisation adaptée à la situation, à maintenir un régime sain, à garder en tête l’objectif positif de ce confinement et de garder une activité sociale. Ainsi, à l’heure de sortir de chez vous, cela se fera dans un corps sain et un esprit sain.

“Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres”.

Nelson Mandela