La traversée en solitaire

Il n’y a pas de situation idéale quand l’urgence nous est imposée. Etre à plusieurs. Etre seul. Ni l’un ni l’autre. Les deux. Quand nous avons l’un, nous rêvons de l’autre et inversement. Ce n’est pas ingrat, c’est humain. Pour certains d’entre nous, Il est rassurant aujourd’hui d’être accompagné dans nos foyers et demain, nous rêverons d’être seul, loin du bruit, des disputes, des angoisses de nos compagnons de confinement. Pour d’autres, qui sont seuls, vraiment seuls dans leur intérieur et qui auraient besoin de réconfort, d’encouragement ou simplement d’échanges, la notion d’enfermement peut être ressentie avec plus d’intensité. Le vide et le silence font résonance, leurs angoisses parfois écho.

Je reprends l’expression que j’ai utilisé dans mon premier article « faire contre mauvaise fortune bon coeur ». Il est clair pour tous que nous ne sommes pas dans une situation de choix mais de devoir. Etre seul, enfermé chez soi n’est pas être enfermé en soi. Comme il n’y a heureusement pas que des inconvénients au célibat, l’avantage est que la solitude est un terrain connu, pour ne pas dire conquis. Les célibataires savent jouir de ses avantages et contrer ses inconvénients. L’introspection ne leur fait pas peur. Leur difficulté n’est pas l’intérieur mais le manque d’extérieur.

Je vous recommande d’ouvrir vos fenêtres, celles de votre maison, celles de vos centres d’intérêts, celles de vos ordinateurs. Communiquez tant que vous pouvez, enrichissez votre esprit, continuez à développer la connaissance de vous même. Et surtout, restez concentré sur l’objectif : se protéger aujourd’hui pour mieux en profiter demain. Il y a du bon à faire, des listes de ce que l’on voudra faire, voir, changer. C’est le moment de reprendre contact avec des personnes que l’on a perdu de vue, la solidarité des événements donne à la communication un ton plus fluide et spontané. Vous pouvez aussi participer à des groupes de discussion où vous pourrez donner
votre avis, échanger sur des sujets qui vous tiennent à coeur. Vous êtes seul certes mais vous comptez. Vous existez et n’hésitez pas à le faire savoir en vous impliquant et en répondant présent. Cela quotidiennement, car il est très important de ne pas tomber dans l’isolement. La solitude n’est pas l’isolement. La solitude est un sentiment, l’isolement est un fait. Nous sommes tous aujourd’hui éloignés les uns des autres dans nos maisons mais il n’est pas question de nous imposer une solitude au-delà du nécessaire. Aussi, prenez des nouvelles de vos proches, de votre entourage amical et professionnel, ce qui donnera aussi l’occasion de donner des vôtres.

Avant de retrouver l’extérieur et ses bruits, ses gens et ses mouvements, la solitude peut être accueilli durant ce temps, comme un espace de repos où il est possible de se ressourcer. Au milieu de la tempête sanitaire, le calme. Pour autant, il est normal de ressentir des angoisses, des vagues de tristesse dans l’isolement. De craquer. De trouver de mauvais accompagnants comme trop de cigarettes, de nourriture etc. C’est l’expression d’une peur de ne plus exister pour personne car il n’y a pas le regard de l’autre pour nous soutenir, pour faire miroir et nous rassurer que oui, nous existons bien et que nous sommes aimés. Alors plus que jamais, dans ces moments-là,
prenez tous vos téléphones fixes, mobiles, tablettes, ordinateurs et communiquez sans modération. Les réseaux sociaux vont enfin servir à leur fonction de base : nous mettre en relation les uns avec les autres et plus seulement à nous renvoyer l’image de notre individualisme dans nos extraits de vie et nos selfies.

Être seul ne veut pas dire que l’on n’est pas accompagné. Nous devons être d’une bonne compagnie pour nous-mêmes. Une bonne mère. Prendre soin de soi, montrer de l’indulgence dans nos fragilités, faire preuve de bienveillance à notre égard.
Vivre cette épreuve en solitaire. Et pourquoi ne pas l’envisager comme un exploit : une navigatrice, un navigateur qui entamerait sa traversée en solitaire, sur une mer tantôt calme, tantôt agitée, apaisante parfois, plus angoissante à d’autres moments. Mais avec en tête toujours, l’objectif d’y parvenir et d’aborder sur la terre ferme en victorieuse/vainqueur riche d’une aventure exceptionnelle qui lui aura démontré sa force d’adaptation, de résistance, l’amour et le respect de qu’elle/il a pour sa personne .

« Naviguer : c’est accepter les contraintes que l’on a choisies. C’est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées. »

Eric TABARLY

One Reply to “La traversée en solitaire”

  1. Merci Karine !
    Je m’y retrouve bien… même si ma traversée en solitaire se fait aux côtés de mon petit bonhomme…!
    Juliette

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