Concentration, ma concentration où es-tu ?

Par mesure de sécurité, nous protégeons notre santé en gardant nos corps confinés dans nos intérieurs. Notre esprit est censé, lui, pouvoir être libre, se déplacer et se poser à sa guise d’un lieu de réflexion à un autre, sans limite de temps ni de sujet. Pourtant, nous avons énormément de mal à nous concentrer, à fixer notre attention. Ce n’est pas l’imagination qui nous manque, ni la créativité. Ni l’envie d’entreprendre des apprentissages, de participer à des ateliers en ligne, à des concours d’écriture etc. Le désir peut être là mais voila, la réalisation peine à suivre. Lire, écouter des podcasts, même regarder un film peut présenter des difficultés. Se mettre au télétravail aussi. Après plusieurs semaines d’enfermement, même communiquer avec l’extérieur, par visio ou audio, organiser des apéros virtuellement collectifs commence à demander des efforts, comme si la lassitude s’était installée à la maison avec nous.

Des personnes se sentent même aujourd’hui coupables de ne pas ressentir l’énergie de cet engouement collectif qui entraine à s’investir, s’inscrire même dans des activités de yoga, de cuisine, de créations manuelles par exemple. D’autres en ont carrément assez de ce qu’ils ressentent comme un positivisme forcé auquel il faudrait adhérer pour transformer à tout prix ce confinement en expérience de développement personnel et
d’optimisation d’apprentissages, comme un challenge à réaliser en finalement si peu de temps. On peut comprendre que l’esprit oppose une résistance inconsciente à ce déferlement.

Il y a aussi la réalité que, cinq semaines plus tard, nous tournons en rond dans nos maisons. Mais pas seulement : dans nos têtes aussi. Motivés par les objectifs de tenir physiquement, moralement, conjugalement, solitairement, collectivement, financièrement, nous occupons et fixons notre esprit à cela, probablement de façon quelque peu obsessionnelle. L’idée est de tenir et sortir. Tout cela, dans le meilleur état psychologique possible. Fixer ces horizons comme on le fait pour tenir l’équilibre. Oui mais voilà, quand l’esprit est déjà fixé sur un point, difficile de le déposer sur un autre. On ne peut être à la fois au four et au moulin !

La date du 11 mai annoncée par le Président lundi donne enfin un contour, une forme à ce qui est associé pour nous tous à une libération. Même si nous savons bien que cette date peut encore varier et se déplacer plus loin sur l’échelle du temps, nous avons aujourd’hui le 11 mai comme repère, comme une terre en vue après une longu traversée sur une mer angoissante. Nous allons certainement pouvoir laisser notre esprit naviguer plus sereinement.

Nous savons que notre maison ne sera bientôt enfin plus que notre maison et non plus notre travail, notre école, notre salle de sport. Notre intérieur va retrouver sa définition initiale : un endroit pour nous étendre, nous détendre. Concentrés dans notre maison, nous sommes déconcentrés dans nos esprits. Une manière de donner à notre pensée une liberté de circuler. Il est alors bon de laisser aller son esprit lorsqu’il n’est pas nécessaire de se concentrer sur un sujet précis. Il n’y a pas d’obligation à rendre productives absolument toutes les heures de sa journée ni tous les jours de sa semaine. Permettre un esprit libre dans un corps qui ne l’est plus vraiment.

« Je n’arrive pas à lire. Les romans exigent une certaine concentration et tout ça pourquoi ? Des gens et des problèmes qui n’existent même pas»

Elisabeth Robinson

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