La famille confinement

Dans la famille CONFINES, je demande … la mère, les mères, le père, les
pères, la fille, le frère, la petite soeur, le bébé, le chien, le chat, le lapin, les
poissons rouges et même (dans certaines situations) la grand-mère et le
grand père. Voici comment une famille entière, quel que soit son schéma,
se retrouve sous un même toit 24h/24.

Un toit sous lequel, habituellement, résident les membres d’une famille
après une journée de travail, d’école, de lycée, pour diner, dormir et passer
les week-ends. Un toit où l’on va, où l’on vient, où l’on se retrouve , où
l’on se croise. Jamais encore cet endroit, cette maison, n’a été, à la fois, le
lieu de vie, de travail, de scolarité, de soins, tout cela à la fois et tous
ensemble, tout le temps. En dehors des vacances qui sont des moments
oisifs, sans contraintes ni obligations, avec une liberté d’aller et venir.

Jamais la famille ne s’est retrouvée figée, à ce point-là, dans sa définition.
Chacun essaie de trouver son espace pour exister, travailler, et un lieu pour
se retrouver. Le nombre de mètres carrés fait forcément la différence. De la
même façon que d’avoir un extérieur donne de l’aération. Malgré ces
différences, on constate la difficulté à garder en ordre un intérieur, siège de
toutes les situations. Trop de choses s’y passent, trop de personnes y
passent. Le désordre d’un lieu qui n’en contient habituellement pas peut
créer des conflits entre les habitants, des angoisses comme si ce qui
dépasse, ce qui déborde à l’intérieur devient des preuves de l’insécurité
extérieure. Cela nous rappelle l’incertitude de la situation, le manque de
contrôle que nous avons. Une situation que nous subissons et un seul lieu
refuge qui nous est permis et sécurisé : notre maison.

Aussi, il est important de la tenir en ordre, en répartissant entre tous les
membres du lieu, des tâches ménagères et de rangement. Que la
responsabilité du refuge soit partagée. Sans rigidité ni laxisme, juste pour
que cela circule et que l’on circule. Un bon contenant pour chacun.
Télétravail, école à la maison, collège, lycée…certains se retrouvent tous
dans le salon. Et quand la journée est terminée, ils se retrouvent aussi tous
dans le salon. Ou bien, chacun est en planque dans sa chambre, se croisant
à l’occasion d’un repas, d’une douche ou d’un passage aux toilettes. La
famille se trouve soit en hyper-relation soit en hypo-relation. Très difficile
de trouver le juste milieu (quand il existait) d’avant. Aussi, pour installer
une communication saine dans cette période exceptionnelle, il est
important de se donner des moments, de la même façon que l’on se
donnerait des rendez-vous, pour partager un goûter, regarder un film,
choisir une série où l’on visionnerait chaque jour ou tous les deux jours un
épisode tous réunis.

Convenir d’une séance de sport collective. Retrouver l’esprit des veillées
ou l’on se racontait des légendes, des histoires qui font peur ou qui font
rire. Sortir, pour les musiciens, leurs instruments et comme on dit, faire un
boeuf en chantant. Faire des parties de jeux de société qui, inévitablement
créeront des disputes avec les mauvais perdants, mais des disputes comme
avant. C’est aussi le moment de considérer les relations que l’on a avec les
membres de notre famille, que l’on connait sans toujours bien les
connaitre, avec qui l’on parle oui mais sans vraiment se raconter ni
s’épancher. Cette période peut être l’heure des rapprochements et des
confidences. Nous avons le temps de regarder nos proches sous un autre
angle, de les écouter vraiment. De les comprendre même. Parce que, si la
situation d’enfermement, tous ensemble, que nous subissons favorise les
conflits, elle peut aussi amener des rapprochements. C’est notre
intelligence à être et de coeur qui fera la différence, ainsi que nos
intentions.

J’aime cette phrase qui dit « partir pour mieux revenir », que l’on pourrait
se transposer sur « s’isoler pour mieux se retrouver et se rencontrer ».
Nous aimons notre famille et nous la voulons modèle, chacun en fonctions
de ses valeurs et de ses fantasmes. Le confinement et les tensions, parfois
fortes, qu’il procure, amène une espèce de transformation de son image où
comment on passe des Le Quesnoy aux Groseille (les deux familles
caricaturales de «La vie est un long fleuve tranquille »), comme ça, en
l’espace de deux semaines. Comment on passe du « lundi c’est ravioli » à
« lundi, mardi, mercredi etc. c’est ravioli » , à se commander des teintures
de cheveux roses, bleues, etc pour tuer le temps et se dire, comme chez les
Groseille « t’énerve pas comme ça, tu vas faire virer la couleur ». Pourtant,
c’est là une distraction originale. L’impossibilité à garder parfaitement nos
repères et habitudes familiales comme avant le confinement ne doit pas
nous faire paniquer ni culpabiliser. C’est un passage qui, ma foi, n’est pas
sage ! Ce n’est pas pour autant grave ou irrémédiable. Cela dure un temps.
Nécessaire pour s’adapter. Lorsque cette traversée sanitaire sera terminée
et que nous retrouverons nos libertés, nous aurons beaucoup appris des uns
des autres et une nouvelle identité familiale s’établira forcement.

« C’est pas ma famille ! Ils sont moches, ils sont sales, ils sont pauvres, ils sont cons, c’est pas ma famille ! »

Bernadette (La vie est un long
fleuve tranquille)

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